« Tout m’est profit » dit la pierre

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StoneLe soin, dans nos sociétés, prend souvent la forme d’un médicament. Quelqu’un le prescrit, quelqu’un le délivre, et il nous reste à avaler la pilule.
Il en est parfois de même avec certains enseignements. Quelqu’un sait ce qui est bon pour nous.
Mais si l’on avale tout cela sans discernement, l’on risque parfois de sérieux effets secondaires — chacun sait combien ce qui est bon pour l’un peut s’avérer véritable poison pour l’autre. Méfions-nous donc parfois du pharmacien… ou de la tendance que nous aurions à ouvrir une officine !
Car ce qui aide en effet les autres est parfois un comportement inadapté, une attitude qui frôle le ridicule, une situation que l’on juge peu reluisante. Dans les contes de fées, c’est souvent le personnage du nigaud qui est au cœur de la libération.

Il y a des années de cela, quelqu’un frappe à ma porte. Il est tard dans la matinée et je traîne toujours en pyjama, les cheveux pas lavés, pâle, fatiguée, avec de grosses cernes sous les yeux… en résumé, je suis une magnifique illustration de quelqu’un qui sort d’une vilaine la grippe.
Vu ma tête, j’hésite un moment, mais décide d’aller ouvrir.
Ma voisine est sur le pas de la porte, défaite, le visage ravagé par les larmes, et me demande si elle peut entrer. Elle a besoin de parler ; elle a peur de faire une bêtise comme elle dit (elle est dépressive depuis longtemps et a des pensées suicidaires). Je la fais entrer et dis :
— « Je vais faire du thé, j’ai des petites brioches et une délicieuse confiture de griotte, mais je t’en prie, ne regarde surtout pas le bazar ! »
Et j’ouvre la porte de la cuisine…
Elle découvre alors le spectacle et part d’un immense éclat de rire ! Vivre à cinq réclame une organisation quasi militaire dans la cuisine (certains d’entre vous en ont une petite idée), mais après quelques jours d’une forte grippe — et, je l’avoue, la désertion totale du champ de bataille — je vous laisse imaginer à quoi pouvaient ressembler l’évier, la table, le sol, les brûleurs, ou la poubelle confiés aux soins de trois jeunes enfants et d’un mari débordé.
C’est ce jour-là que j’ai vu un autre sens à la phrase « La nature réjouit la nature. »
« Tout m’est profit », dit la pierre des alchimistes. A l’occasion, j’ai pu le vérifier.

— © Michèle Le Clech