Abandon

Michele Non classé

Se pencher sur ses rêves, chercher à les comprendre est une chose. Se laisser toucher jusqu'à l'os par les images en est une autre, et l'on répugne souvent à se laisser traverser par leur puissante énergie sans réaliser que  l'on passe ainsi à côté du sens — à côté de la transformation aussi à laquelle elles nous convient.

Combien de fois ai-je blâmé les rêves pour leur manque de clarté (ou l'analyste), combien de fois me suis-je promis de ne jamais y revenir ?
Le fait est qu'à moins de faire preuve de courage, rien ne se passe. L'alchimie n'a lieu que dans la chambre du cœur (qui, on le sait, est à la racine du courage).
Mon vase sera-t-il assez solide me demandais-je parfois avec inquiétude face à l'intensité des mouvements intérieurs.
Le sera-t-il aujourd'hui quand la haine, la peur, le désespoir qui chahutent le monde s'invitent dans les échanges ?

Ceux qui s'en reviennent du voyage sont régulièrement pour moi les témoins que l'abandon, le lâcher prise, le partage, sont l'antidote à la crainte qui, toute légitime soit-elle, reste souvent l'obstacle majeur dans la relation à soi en premier lieu, puis dans le lien avec la communauté.

Un échange récent avec un ami, profondément engagé dans cette voie, m'a fait mesurer combien, à mesure de sa descente dans des abîmes de tristesse et de souffrance, à mesure de son face à face avec la peur aussi, la sérénité gagne en puissance et combien l'énergie, toute masculine, s'en trouve renforcée. Contagieuse, couplée à l'amour de soi et à la vacuité, elle  pénètre le cœur avec une infinie douceur ; elle traverse les corps subtils, stimule le champ énergétique sans faire de vague, lumière allumant la lumière, énergie vitale éveillant l'énergie de vie qui, à son tour, se fraie un chemin vers le cœur qui se dilate,  vibrant d'un amour dont la puissance n'a d'égal que le degré d'abandon — au risque de n'offrir pas un visage autre que défait.

© Michèle Le Clech