Les objets ont une âme

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Selon la terre où elles se trouvent, certaines plantes ont bien du mal à pousser, grandissent de travers, fleurissent peu, ou même s’étiolent ; suivant l’époque ou la famille qui les a vus naître, il en est de même pour certains enfants.

La violence qui règne au foyer est parfois telle que sauver sa peau ne peut se faire qu’au prix d’énormes sacrifices. L’enfant endosse parfois très tôt un rôle d’adulte, jusqu’à devenir gardien de l’harmonie ou de l’équilibre psychologique de la fratrie ou, pire, de ceux qui sont sensés veiller sur lui — parents et grands-parents parfois —, si bien qu’il n’est nul abri ni espace aucun où il peut vraiment être lui-même.
Ascendant est assurément pour lui un mot lourd de sens.

Certains enfants se glissent dans une armure d’impassibilité — qui deviendra un mode de fonctionnement à l’âge adulte — tandis que d’autres seront comme répandus dans l’espace, guettant sans arrêt les moindres variations d’humeur, synonymes de danger.
Ne pouvant être entiers, la déchirure est leur lot et, devenus adultes, ils finissent par tout abandonner aux autres, cédant même, au fil des ans, un peu plus de leur espace intérieur… Sécurité et bien-être ne sont que simples mots, un au-delà d’une vitre qui les en tient isolés. Pour eux, le monde n’est pas un endroit sûr, aussi, habités par une inquiétude sans nom et souvent sans objet, regardent-ils parfois avec envie ceux qui ont eu la chance d’être choyés et à qui tout semble réussir.

Mais on ne peut perdre, n’est-ce pas, ce qui nous appartient vraiment.
Au fil des rêves et des images, se révêle l’histoire d’une autre vie qui cherche à remonter le cours du temps en quête de sens.
Et aussi difficile que cela soit, le rêveur remontera le cours du temps (pour mieux l’épouser par la suite).
— Quel est mon mythe, demande-t-il sans cesse ?
— Quel est le sens de ma vie ?
Les rêves apportent une pièce du puzzle et puis une autre… la quête semble n’avoir pas de fin.
Toujours il manque la pièce centrale.
La pièce centrale…
La pièce… centrale.
Là où se trouvait son cœur.

Les images font leur œuvre, et le rêveur se souvient…
Il y avait ce grenier, et les odeurs du passé si enveloppantes et bienveillantes, et le silence, si apaisant.
Et cette antique machine à coudre, ce très curieux petit chaudron en cuivre martelé, le coffre et ses poupées…
Les larmes roulent sur la joue de l’enfant. Il se rappelle que pour une heure, parfois moins, il y avait cet espace, son espace ; il y avait dans ces objets un quelque chose qui lui parlait, sans même qu’il sache bien ce qui se disait là.
Sans rien savoir non plus de l’histoire familiale, il sentait au plus profond de lui que ce grenier était un abri pour réfugiés. Et il était l’un des leurs, fuyant la violence, les tirs ennemis et les balles croisées, cherchant un refuge où ne plus être otage.
Son cœur est touché et les larmes lui viennent.
Si peu d’espace, si peu de temps pour lui !

Certaines choses ne se révèlent qu’au fond du désespoir, quand la dernière chose à laquelle on se raccrochait se voit finalement n’être qu’une illusion.
Ce n’est que lorqu’il ne reste rien que le néant et les larmes que tout nous est rendu.
Les objets auxquels ont tenait parfois sans “raison”, émergent alors de l’obscurité, auréolés de cette lumière toute particulière qui appartient aux profondeurs de l’âme et leur confère tout leur sens.
D’objets, ils deviennent symboles — de vie, de dons, de destinée —, au goût incomparable d’unité.
Du fond de la mémoire, le lourd balancier du temps se fait entendre, troublant le silence d’un tic-tac grave et majestueux, comme l’est le pouls apaisant de la vie.
Le puzzle tout à coup se résout : les ancêtres livrent le meilleur d’eux-mêmes, levant le voile sur le berceau et les offrandes qu’il contient. Et parfois, ce que l’on s’appliquait à vivre extérieurement prend également tout son sens sur le plan intérieur.

Les objets ont une âme, et c’est parfois bien la nôtre qu’ils contiennent. Grâce aux rêves qui en font de nobles messagers, ces objets réunissent passé et présent, et le futur s’éclaircit pour un temps.

— © Michèle Le Clech

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