Rêves et entrepreuneriat

Carnets de rêves Humeur du jour 2 Comments

MultiTachesLorsqu’on travaille pour une entreprise, publique ou privée, les décisions viennent “d’en haut”, hiérarchie oblige. Mais, quand on est son propre patron, on est à la fois employé et employeur, souvent comptable, dir com et commercial, femme de ménage et responsable RP, parfois même babysitter ou livreur de pizza… (je vous épargne la liste sur le plan personnel)
Parfois, l’enthousiasme est au rendez-vous, l’efficacité et la performance aussi, et le banquier se félicite.
Mais comme dans toute entreprise ou administration, notre petit monde intérieur est ébranlé à l’occasion par des mouvements de grève, des revendications, de sourdes protestations ou une révolte affirmée — mouvements qui entraînent, comme dans le monde extérieur, une certaine paralysie, de l’agitation, une tension permanente, des problèmes de communication (pas toujours facile de discuter entre soi et soi)… On peine à se lever le matin, on tourne au ralenti (ou même plus du tout), le stress dépasse de loin la barre du milieu, et tout cela parfois sur fond d’humeur “gentiment” massacrante.

Dans une entreprise, on connaît les instigateurs de ces mouvements et l’on est parfois même témoins des échanges entre patrons et syndicats ; dans certains cas, les informations sont relayées par les medias. Mais comment fait-on lorsqu’il s’agit de sa petite entreprise ? Avons-nous bien conscience que nous sommes, au final, fort nombreux à l’intérieur ? Et si oui, savons-nous comment entrer en contact avec ces différents interlocuteurs ? Quid de nos différentes casquettes ?
La bonne nouvelle face aux difficultés de l’entrepreunariat, c’est qu’il existe en nous un grand reporter et que nous avons en outre la chance de posséder une chaîne d’informations privée, une sorte de 20h intérieur, entièrement consacré aux événements qui ne concernent que nous. Je veux parler des rêves, qui sont comme autant de reportages dont nous sommes les héros.

Grâce à eux, l’on peut voir se qui se déroule dans les coulisses de notre entreprise et pourquoi nous sommes parfois si déprimés, épuisés ou de fort méchante humeur. Face à certains obstacles — et face aux décisionx que nous sommes sur le point d’adopter —, une immense colère peut par exemple demeurer profondément enfouie, et n’en couver pas moins.
Une femme rêve :

Je suis en ville. Un homme, un géant, est sorti de sa caverne. Il se promène avec moi. Et partout où je vais, il est là. Je sais que je ne peux lui échapper.
Je me retrouve face à un homme en costume cravate. Le géant le tue d’un revers de la main et s’en va.

Quelque chose a réveillé chez la rêveuse une sorte d’homme des cavernes, un homme impressionnant, terrifiant même, et auquel elle ne peut échapper ; il apparaît certes humain mais possède une force colossale, et ni son comportement ni sa stature ne sont faits pour rassurer la rêveuse. Cet homme de Cromagnon s’avèrera cependant d’un grand secours pour mettre fin à quelque chose qui travaille la rêveuse. Car ce que représentent pour elle le costume-cravate, les us et coutumes (et les abus) qui s’y attachent, ne sont pas faits pour un tempérament artistique, innovant et surtout indépendant comme le sien ; tenter de s’insérer dans la société de cette façon ne lui sied pas du tout.
Elle en revient.
Pourtant, dans les jours qui ont précédé le rêve, angoissée, déprimée, découragée par son chiffre d’affaires, la rêveuse songeait à mettre la clé sous la porte, à renoncer à son statut d’indépendant, et… à retourner en entreprise. Mais à l’idée d’avoir à s’adapter de nouveau, subir, et surtout aller à l’encontre de ses valeurs, il s’est accumulé au fond d’elle-même une terrible colère, une colère qu’elle ne rattachait cependant à rien de concret sur le plan conscient, et qui lui avait rendu la vie infernale durant des jours — lui valant au passage quelques nuits d’insomnie. Cette colère était telle que, comme dans le rêve, elle avait tout fait pour y échapper. Et, tout comme dans le rêve, ce géant la suivait partout : c’est pleine de colère qu’elle se rendait au travail, pleine de colère qu’elle faisait ses courses ou se rendait à la salle de gym…
Jusqu’au moment où, comme l’invite son rêve, elle se décide à faire face.
Et c’est alors que cette rage, issue du plus profond du Féminin (la caverne), lui est venue en aide ; devant la provenance de cette puissante source d’énergie la rêveuse s’est sentie autorisée à balayer d’un revers de main l’idée même du costume cravate, et à mettre ainsi un terme à une nouvelle tentative d’être au monde par trop normalisée qui ne convenait pas du tout à la femme qu’elle est véritablement.
Sa « mission » achevée, la rage s’en est allée et c’est dans une tout autre énergie que la rêveuse s’est consacrée à sa carrière professionnelle.

Les rêves peuvent par ailleurs porter certains détails à notre attention, détails qui donnent du sens à nos angoisses. Jung dit à ce sujet qu’une “angoisse apparemment infondée peut naître lors d’une action quelconque, sans que le sujet soit le moins du monde conscient du rapport existant entre sa démarche et l’état anxieux qui a suivi.” Il en veut pour exemple un homme d’affaires “qui reçut une offre apparemment sérieuse et honnête, mais qui — comme la suite le montra — l’aurait compromis irrémédiablement dans une action frauduleuse, désastreuse, s’il l’avait acceptée. Dans la nuit qui suivit cette offre qui lui avait donc semblée acceptable, il rêva que ses mains et ses avant-bras étaient barbouillés d’une boue noire.  […] Il s’y serait, comme on dit, ‘sali les mains’. Le rêve a mis cette expression en image. “(1)
On ne l’imagine pas de prime abord, mais les rêves ont sacrément le sens pratique.

Il faudrait un livre entier pour témoigner de l’apport inestimable des rêves dans notre orientation professionnelle, dans la gestion de notre carrière, dans l’organisation du travail au quoditien, dans les rapports que nous avons avec les usagers, les clients, nos collègues, etc. Les rêves semblent donner, très tôt parfois, des indications sur notre futur métier, ainsi cette toute jeune fille qui rêvait d’un sac de voyage dont le contenu se résumait à peu de chose près à un magnifique stylo-plume, un outil qui, des années plus tard, l’a menée “par hasard” au cœur de certaines rédactions parisiennes.

— © Michèle Le Clech



(1) CG Jung, Aspect du drame contemporain

Comments 2

  1. S’agirait-il aussi pour la rêveuse de vivre le masculin au féminin plutôt que de le le vivre au masculin. Si le géant émerge de la profondeur du féminin – de la caverne ; le costume-cravate qu’il écarte d’un “revers de patte” ne pourrait-il figurer la tentation pour la rêveuse, sous la pression et l’influence du milieu ambiant, de vivre sa créativité et son propre masculin à la façon d’un homme (ce qui doit sans doute créer une pression supplémentaire chez une femme, qu’elle en soit consciente ou pas). La cravate étant alors le symbole d’un phallus affiché jusque sous le menton… ?
    Le géant issu de la caverne serait ainsi un masculin instinctif propre à la femme, qui ne souhaite pas s’exprimer en copiant l’expression du masculin chez l’homme… ???

  2. Il est des rages qu’il est bon de laisser sortir 😉 (…) Chez les artistes on respecte [à peu près] ces temps de sècheresse créative, de fatigue ou de gestation ; ce n’est pas “normal” (mais c’est la norme) que dans les autres secteurs il faille toujours être au top, assurer, ne rien pouvoir lâcher .. Ce monde de créativité et de productivité permanente me donne vraiment l’impression de toucher à sa fin.. Inspirant article, merci.

Commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.