Rendez-vous

Carnets de rêves Humeur du jour 1 Comment

carnet

Art: Mary Brack

Lorsque nous sommes passionnées par un sujet, l’animus a souvent des idées à la pelle mais ne dispose pas forcément de l’interlocuteur adéquat pour les partager si bien que, séduites par notre amoureux intérieur, nous pouvons passer des heures à réfléchir, emportées parfois dans les hautes sphères — ce qui entraîne dans la psyché une vague d’agitation.
Pour nous aider à y voir clair, les rêves sont assez parlants et mettent en scène les différentes parties qui s’expriment : l’une souligne les risques qu’il y aurait à trop fréquenter cet amoureux, car il s’agit-là d’une relation “extra”-conjugale (ce qui est assez savoureux finalement puisque ce qui se situe dans cette optique à l’extérieur de, en dehors de, est intérieur à soi et pourrait donc tout à fait se vivre au grand jour). Mais comme il est difficile de s’autoriser à vivre ce qui nous passionne lorsque l’on a une vie de famille ! C’est comme si, à l’intérieur de nous, une voix murmurait : “N’es-tu pas sensée t’occuper d’autre chose ?”
Si nous avons déjà vécu, concrètement, une relation adultérine, un autre côté souffle :
— “Fais attention : tu as déjà connu ça ; et si, pour une raison ou pour une autre, tout cela, qui te tient tant à cœur, venait aussi à disparaître ?”.
Puis, à ces craintes, s’en ajoute une autre : celui ne nuirait-il pas au côté maternel ? Ce serait du temps en moins à consacrer aux enfants.

Alors, devant tous ces obstacles, quelque chose nous incite à accepter un rendez-vous nocturne, et puis un autre, et à échanger longuement avec notre amoureux… jusqu’à ce que, au petit matin, exténuée mais ravie, nous parvenions enfin à prendre le train du sommeil.

Et si cet homme, qui nous attire tant, apparaît dans un rêve au réveil pour parler de travaux de recherches ou suggérer la rédaction d’une thèse, le fait d’écrire un mémoire ou un livre, c’est peut-être parce que la page blanche pourrait fort bien être, pour lui, un fabuleux espace pour la dialectique.
— L’acquisition d’un joli carnet de notes ne s’impose-t-elle pas alors ?

© Michèle Le Clech

 

Comments 1

  1. Ah, ah…j’aime ton billet , Michèle !
    Quelle jolie façon de parler des rencontres (nocturnes ou pas) avec l’animus,
    “amoureux intérieur” ! 🙂
    C’est plein de fraîcheur…et j’adore.

    En passant, et je crois que tu peux le comprendre car il me semble que tu es sensibilisée à cela…(je veux dire à la richesse intérieure des femmes),
    as-tu remarqué la persistante injustice faite à l’égard de l’animus…?

    Les hommes, presque sans exception, font tout un plat de leur “anima”…il la voient comme une fée, une déesse, une muse…enfin, la plupart du temps comme quelque chose de très positif.
    Alors que les femmes, presque sans exception, ont toujours un mouvement de recul quand elles parlent de l’animus (attention…est-ce que j’ai le droit…est-ce que c’est bien… ?).

    Tout ça me semble assez déséquilibré et pour tout dire, injuste…
    C’est bien sûr une question culturelle (qui vient de tout ce qui a été dit à ce sujet, dans les livres et les conférences…etc).
    Sachant que ce sont en majorité des hommes qui ont parlé, écrit…le sort fait à l’animus est le fait des hommes.
    Et il est – c’est mon avis et je l’assume- urgent que les femmes rétablissent la vérité :
    si l’anima est une “muse qui inspire”, l’animus est, comme disait je ne sais plus qui, un “génie”…

    Sous quel prétexte nous interdirions-nous de fréquenter notre “génie intérieur” ?

    L’homme qui succombe aux charmes de l’anima, et qui écrit un poème, par exemple, se dit-il :
    “Est-ce que je ne devrais pas être en train de faire autre chose ? Ou est-ce que je ne me consacre pas assez à ma famille ?”
    Si c’est le cas, je ne l’ai jamais lu.
    Je lis plus souvent les éloges de l’anima-muse (jeu de mots…oui, mais ça m’a-muse, justement) que celui de l’animus-m’a ;-).

    Alors, voilà : si ton “amoureux intérieur”, avec qui tu viens de passer la nuit…
    t’inspire quelque chose de vrai, de bon, et d’intelligent…
    Eh bien, ne le mets pas à la porte…
    Embrasse-le, remercie-le et dis-lui que c’est une idée “géniale” …;-)
    et que tu vas t’y mettre de suite…

    Et puis demande-lui de repasser le lendemain…en plein jour ! 🙂

    Tes enfants et ton mari survivront et, avec un peu de chance, se diront que, suivre son élan créateur…c’est aussi important que d’éplucher les pommes de terre et de repasser le linge …
    Peut-être même qu’avec un peu de chance, ils éplucheront et repasseront aussi…
    avant d’aller écrire un poème… :-))

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