Toko-Pa Turner : l’éveil printanier

Carnets de rêves Traduction Leave a Comment

crocusDans ce monde si structuré, il nous est facile d’oublier que, comme tous les êtres vivants, nous sommes profondément soumis aux changements saisonniers. Nous sommes pris par nos drames quotidiens au point que nous oublions souvent d’adopter une perspective plus large qui nous permettrait de comprendre que nos instincts les plus profonds sont régis par un cycle mystérieux.
Les rêves nous montrent où nous en sommes, usant d’indices comme la météo, l’heure, ou le paysage pour illustrer notre climat intérieur.
Si votre rêve évoque le printemps, sans doute êtes-vous au cœur d’une complète renaissance : une vie nouvelle s’offre à vous, et si vous optez pour elle vous en acceptez à la fois les bienfaits et la responsabilité. Contrairement à l’hiver qui évoque plutôt l’idée du repos et du repli sur soi, le printemps parle d’aller courageusement de l’avant.

Tout comme les ours, nous nous éveillons lentement, émergeant de nos grottes jusqu’au monde des possibles. Les rigidités ont fondu, les anciennes relations ne nous conviennent plus, et nous avons faim de nouveaux défis. Bien que nos tanières aient été confortables, on s’y sent finalement à l’étroit et en proie à une certaine agitation. Avec l’accroissement de la lumière, les rêves et les aspirations qui semblaient si éloignés paraissent à présent imminents et manifestes. Mais à l’image des crocus qui sortent de terre de façon optimiste, demeure la possibilité — bien réelle — d’être de nouveau ensevelis sous la neige. Nous sommes vulnérables, dépouillés jusqu’à l’os, évitant le plus possible de quitter notre vieille armure.

Rappelez-vous cette scène extraordinaire dans Le Seigneur des Anneaux, lorsque Sam, sur le point de quitter la Comté, se tourne vers Frodon et dit : « Ça y est. Encore un pas de plus, et ce sera l’endroit le plus éloigné de chez moi, où j’ai jamais été. » Vivre d’une tout autre façon demande en effet énormément de courage mais, bien que nos zones de confort soient agréables, y séjourner trop longtemps peut mener à la stagnation et à l’atrophie psychique. J’ai toujours aimé cette phrase de Søren Kierkegaard : « L’angoisse est le vertige de la liberté. » Elle contient l’idée que la peur n’est pas toujours une incitation à s’éloigner de quelque chose, mais un pont vers d’importantes découvertes. Et  par delà la peur se tient la satisfaction d’avoir dépassé nos limites.

Un ami proche m’a dit un jour que nous ne devrions jamais prendre de décisions par crainte de l’alternative. Cela signifie qu’au lieu de mesurer l’avenir à l’échelle de la sécurité, pourquoi ne pas choisir ce qui vous effraie un peu ? C’est comme faire du trapèze : il est un moment, terrible et merveilleux, du lâcher prise et de la chute qui n’en est pas une jusqu’au prochain trapèze. Plus vous faites l’expérience de cette barre qui vient à votre rencontre, plus s’accroît votre confiance en l’inconnu.

Je vous invite à observer les variations de votre climat intérieur : vos sentiments ont-ils gelé durant un hiver tout intérieur, votre essence fleurit-elle aujourd’hui librement dans le monde ? Un fleuve d’eau vive s’écoule-t-il à travers vous ou bien les choses se sont-elles transformées en désert ? Souhaitez-vous une version élargie de vous-même répondant à l’appel de l’aventure, ou avez-vous simplement besoin d’un peu plus de temps sous la terre ? Chaque étape de ce cycle mystérieux est à la fois précieuse et difficile et ne peut exister sans les autres. Et aussi longtemps que vous composez avec le changement, le temps qu’il fait n’a en définitive aucune importance.

— Toko-Pa Turner


Article original : Dreamspeak: Being Sprung
Traduction : Michèle Le Clech avec l’aimable autorisation de Toko-Pa


Les traductions sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution

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