Robert Moss : sécheresse onirique

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Dead Drought TreeBeaucoup d’entre nous ont perdu le contact avec leurs rêves et dire que notre société souffre d’une grave sécheresse prolongée en matière de rêves n’est pas exagéré.
Dans de nombreuses traditions spirituelles, c’est là quelque chose de grave. Les Navajos disent que c’est grâce aux rêves que les humains restent en contact avec le monde des esprits. Selon les Iroquois, perdre le lien avec ses rêves, c’est perdre une partie de son âme. C.G. Jung, psychologue renommé, dit dans l’un de ses ouvrage : “Nous avons oublié ce fait de notoriété millénaire que Dieu parle surtout dans les rêves et dans les visions. (*)”
Il y a trois raisons majeures à cette sécheresse onirique dans nos vies :

1. Les mauvaises habitudes

Le rythme et la routine de la vie urbaine typique n’incitent tout simplement pas à se souvenir de ses rêves. La plupart du temps, nous sommes réveillés en sursaut par la sonnerie du réveil — ou par celui ou celle qui partage notre lit, ou par les enfants qui doivent se rendre à l’école — et nous errons dans le monde, tournant à la caféine, tentant de faire face à toute une série de délais et d’obligations. Il n’y a souvent rien pour nous encourager à prendre le temps de recueillir nos rêves, ou pour en montrer les avantages. La plupart d’entre nous n’ont pas non plus d’expérience pour créer un espace sûr où nous pourrions partager nos rêves, recevoir des commentaires éclairés et être soutenus pour mettre en place une action qui correspondrait à l’orientation ou à l’énergie contenue dans nos rêves. Si nous ne faisons rien de nos rêves, nous ne rêverons pas bien.

2. La peur et le regret

Nous fuyons nos rêves parce que nous pensons qu’ils pourraient bien évoquer quelque chose que nous ne voulons pas entendre — à propos de notre côté sombre, ou de difficultés ou de maladie à venir. On ferme la porte et on se dit “c’est juste un rêve”. Ce n’est pas une bonne idée car les problèmes que nous laissons en suspens la nuit sont susceptibles de nous assaillir en retour dans le quotidien.
Ou bien alors, nous rêvons à quelque chose de merveilleux — bonheur et plaisir avec M. ou Mme Untel(le), maison de rêve, métier de rêve, monde de paix et de beauté. Cependant, lorsque nous nous réveillons, nous nous disons qu’il n’y a personne comme M. ou Mme Untel(le) dans notre vie, ou que nous n’avons pas le physique, ou l’argent, ou la capacité que nous avons tant appréciés dans le rêve. Alors nous ignorons ces rêves en nous disant que ce sont “seulement” des rêves. Et, là encore, c’est un mauvais réflexe. Si nous en rêvons, nous sommes en mesure de le vivre.

3. Cycle de sommeil artificiel

Très souvent, l’idée que nous nous faisons d’une bonne nuit de sommeil est en contradiction avec le fait de rêver. Beaucoup d’entre nous  — encouragés par un certain nombre de spécialistes du sommeil et les compagnies pharmaceutiques — pensent que nous avons besoin de passer sept ou huit heures par nuit à dormir de façon continue. Cette idée aurait étonné nos ancêtres. Avant l’avènement de l’éclairage artificiel (gaz et électricité), la plupart des humains avaient un “sommeil morcelé”, avec au minimum deux cycles distincts : un “premier sommeil” et la “veille” comme on avait coutume de l’appeler en Angleterre.

Une expérience, conduite par une équipe dirigée par le Dr Thomas Wehr pour le National Institutes of Mental Health, indique que, privés de l’éclairage artificiel, les gens reviennent à un mode de sommeil à l’ancienne avec un intervalle de plusieurs heures entre deux périodes de sommeil. L’un des résultats les plus intéressants des recherches menées par le Dr Wehr est que, durant cet intervalle, les sujets enregistrent généralement des taux élevés de prolactine. Cette hormone hypophysaire, qui permet aux poules de couver tranquillement leurs œufs pendant de longues périodes, aide les êtres humains à pondre des œufs d’une autre nature et les place dans un léger état altéré de conscience qui n’est pas sans rappeler la méditation. L’historien du sommeil, A. Roger Ekirch, affirme que “le sommeil d’une seule traite tel que nous le vivons aujourd’hui n’est pas naturel.”
Les Français avaient un joli mot pour parler de l’état liminal entre deux périodes de sommeil : dorveille, qui signifie littéralement entre veille et sommeil. Chez les Indigènes et les premiers hommes, c’était un moment où vous pouviez partager vos rêves avec quelqu’un. C’était un état tellement propice à la créativité que dans mon livre, The Secret History of Dreaming, je l’ai appelé “le moment des solutions” en me basant sur les nombreuses découvertes scientifiques et autres avancées issues de cet instant. Si nous nous conditionnons ou prenons des médicaments pour avoir une longue et unique plage de sommeil, nous limitons nos chances de nous souvenir de nos rêves et de pouvoir les partager, nous privant ainsi d’un accès facile à cet espace fertile, hypnagogique, entre le sommeil et l’éveil — là où vont et viennent les images et où les connexions se font.
Pour en savoir plus sur les cycles de sommeil naturels et artificiels et “le moment des solutions”, vous pouvez consulter The Secret History of Dreaming. Pour une aide pratique sur le manque de rêves, voir mon livre Le Rêve actif.
(*)  C.G. Jung, L’Homme et ses symboles, éditions Robert Laffont, p. 102.
© Robert Moss
Traduction : Michèle Le Clech, by courtesy of Robert Moss
Article original The Causes of Dream Drought, paru sur le blog de Robert Moss
Licence Creative Commons
Les traductions sont mises à disposition selon les termes de Licence Creative Commons
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A propos de Robert Moss
Robert Moss est l’initiateur de la méthode du rêve actif (active dreaming), une synthèse originale de l’approche moderne du rêve et du chamanisme.
Il anime des séminaires très prisés dans le monde entier, y compris une formation en trois ans sur le rêve actif(*). Ancien professeur d’histoire ancienne à l’Australian National University, il est romancier, poète, journaliste et chercheur indépendant.
La plupart de ses livres, neuf au total, sont des best-seller et traitent du rêve, du chamanisme et de l’imagination : Conscious Dreaming, The Secret History of Dreaming, et Dreaming the Soul Back Home.
Son dernier livre, The Boy Who Died et Came Back est le récit personnel de ses aventures entre les mondes.
site web : mossdreams.com
(*) pour plus d’information voir Dream Teacher Training

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