Alchimie

Carnets de rêves Humeur du jour 4 Comments

Accepter d'être ce qu'on est, de n'être que ce que l'on est, mais de l'être complètement, et parler bien ancré dans cet état de vérité.
On n'imagine pas à quel point ça repose.

— Henri Gougaud

La raison pour laquelle je chéris l'approche alchimique (et chamanique) du rêve, c'est qu'elle englobe. C'est aussi — et peut-être surtout —, parce qu'elle fait la part belle au Féminin.

Art: Amanda Cass, Dreaming

Elle repose en effet sur l'amour et la vénération du mystère, une grande réceptivité, et le respect d'une chose : le rêve appartient au rêveur (en ce sens, il n'est pas de prétention au savoir).
Une telle approche implique l'être tout entier, dans un cœur à cœur qui se conjugue au présent.
L'alchimie préside donc seule aux échanges.
L'athanor ne se situe pas sur le plan des idées, il est la réalité même, sans cesse modulée par le moment présent et les vagues d'énergie qui se succèdent. Nulle échappatoire, pas de temps de battement, mais le live, le vivant — et le face à face avec d'intenses émotions parfois, la souffrance, l'angoisse, la rage, la haine, le désespoir, le désir, l'exaltation… tout l'espace nécessaire pour que l'incréé se révèle.
Si les concepts, l'analyse, les techniques ont leur place, comme autant d'outils qui aident à la naviguation, ils peuvent malheureusement parfois servir de stratégies de défense pour éviter la rencontre avec des "démons" que l'on verrait clairement en l'autre mais nullement en soi — le risque ? La distanciation, la séparation… et malheureusement parfois l'amour du pouvoir.

L’intelligence n’est pas affaire de diplômes. Elle peut aller avec mais ce n’est pas son élément premier. L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi – vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir. (1)

Les théories de l'âme sont, certes, un bagage intéressant et utile, mais ne nous  préparent aucunement sur le plan humain. La compassion par exemple ne s'apprend pas dans les livres, non plus le lien avec sa propre âme ni l'exploration de ses propres abîmes. Dès lors, comment faire preuve d'empathie envers celui qui se tient face à soi ? Comment être en lien quand l'un reste en surface tandis que l'autre glisse doucement vers son enfer ou voudrait déployer des ailes que l'on n'a de cesse de rogner en soi-même ? Où est la maturité émotionnelle qui permet de ne pas interférer, de ne pas paniquer, de ne pas juger, de ne pas changer de sujet… mais d'accueillir sans être soi-même entraîné dans l'océan et s'apercevoir, mais un peu tard, qu'on n'a pas appris à nager ?

L'analyste en lien avec son propre fond nous offre une qualité de présence inestimable qui nous permet par exemple de nous laisser aller au plus profond de la dépression et de l'abîme. Dans son cœur, une confiance inébranlable. Il sait ce que c'est que de vivre à un degré de profondeur tel que tout espoir de voir jamais le jour s'est dramatiquement amoindri au point de nous laisser totalement désemparés. Il re-connaît en nous le raidissement, la lutte pour éviter de sombrer, l'angoisse qui l'accompagne et qui sera suivie, en son temps, de l'étrange sensation qu'est la noyade consciemment acceptée. Il sait l'étonnement qui est le nôtre au moment même où l'on s'aperçoit que l'on peut respirer sous l'eau, ou que l'on remonte miraculeusement à la surface avec un impérieux et pressant besoin d'aspirer l'air à pleins poumons, si délicieux de délivrance après de longues années passées la tête sous l'eau. Il sait l'épreuve du feu et son inestimable valeur. Peut-être a-t-il aussi été suspendu dans les airs, sans ancrage aucun et, quand le sol se dérobe sous nos pas et nous entraîne dans la terrifiante solitude d'une grotte qui semble nous couper définitivement des autres, elle ne lui est pas étrangère, il en connaît les vertus réparatrices.
L'expérience du praticien, c'est aussi une pierre sous nos pas lorsque l'on doit traverser le vide… l'espoir de retour tandis que, borderline, l'on se tient dangereusement au bord de la foliele respect de notre personne et de notre singularité.
Que nous offre-t-il ?
Je dirais un soupçon de savoir, tandis qu'il témoigne surtout d'une immense dévotion envers le rêve qui est pour lui le gardien, le garant, le guide qui nous ramène inlassablement vers l'Amour.

Que vers un cœur brisé
Nul autre ne se dirige
Sans le haut privilège
D'avoir lui-même aussi souffert (1)

— © Michèle Le Clech (en hommage à mon analyste)


(1) Christian Bobin, L'inespérée
(2) Emily Dickinson, 'Unto a Broken Heart'The Collected Poems of Emily Dickinson

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