La haie d’épines

Carnets de rêves Humeur du jour 1 Comment

EpinesEn attendant que les hommes « cessent de laisser leur système de défenses détruire leurs relations (1) »,  certaines femmes sont tenues de vivre avec les blessures qui leur ont été infligées par ces mêmes hommes — parfois même par leur propre père.
Pour ces femmes, une haie d’épine infranchissable semble avoir depuis toujours entouré le cœur blessé de cet homme qu’elles appellent Papa. De façon répétée ou soudaine, une sorte de malédiction s’abat sur elles comme elle s’est abattue un jour sur lui : les coups pleuvent, les humiliations, rage et menaces emplissent l’espace… Celles d’entre nous qui ne connaissent pas les coups ne peuvent pour autant se soustraire toujours aux vapeurs toxiques qui s’échappent hors la haie et se répandent alentour… Un infini mal-être s’installe — que la haie d’épines s’empresse également d’entourer.

Fort heureusement, les rêves agissent comme un contre-poison… ils sonnent même parfois comme un désenvoûtement à qui se sent maudite. Et quand bien même la haie d’épines se serait transformée en une sombre et vaste forêt, c’est parfois à coup de bulldozer qu’ils se frayent un chemin (2). Mais ce qui pourrait sembler radical est cependant ressenti comme un soulagement : les choses s’éclaircissent et un passage dans ce qui était depuis toujours envahissant, étouffant, et surtout inabordable, est enfin possible. Dans la vie courante par exemple, il est parfois de ces quartiers qui semblaient contaminés ou maudits et dans lesquels l’on ne pouvait se rendre qu’avec un étrange et déplaisant frisson ; parce qu’ils réveillent une sourde angoisse, il nous était impossible de nous en approcher sans risquer de perdre le peu d’équilibre qu’à grand prix parfois l’on avait pu retrouver.
Il en est malheureusement parfois de même sur le plan intérieur.

Mais c’est sans compter sur les rêves, qui revisitent ces zones de la psyché jusqu’à les réhabiliter.
Les rêves mettent également en lumière le courage et le sang-froid dont nous avons dû faire preuve en tant que filles pour survivre — et parfois extrêmement jeunes. Ils montrent aussi à quel point, dans cette entreprise, le sacrifice aura été grand. L’impassibilité et le sang-froid par exemple ont en effet pour prix la spontanéité et l’insouciance…  malheureusement parfois aussi l’idée même de la paix un jour retrouvée.
Pour devenir ce que l’on appelle une femme libre, il nous sera demandé de prendre toute la mesure de ce qui a été, jusqu’à faire face à ce père et aux modes de comportement qu’il a pu adopter. Car ce qu’on lui reproche s’exerce malheureusement aussi pour part au fond de nous et continue de nous heurter, de nous emprisonner, de nous leurrer — par exemple à travers un discours négatif qui passe en boucle ; nous avons beau avoir quitter la maison familiale, la même ritournelle se fait parfois entendre.
La bonne nouvelle, c’est ce que  nous offre ce face à face : la clé de la liberté.

© Michèle Le Clech


(1) En référence à l’article de Boysen Hodgson, The New Macho, publié sur le site de ManKind Project.
(2) Clin d’œil au livre d’Etienne Perrot, Quand le rêve dessine un chemin, éditions La Fontaine de Pierre, 2011.
(3) Voir l’article de Carnets de rêves :  Les nouveaux machos

Comments 1

  1. merci Michèle pour ce superbe article. il me parle beaucoup. Je sens toujours dans mon coeur ce questionnement dont m’a parlé un récent rêve : où est le chateau « recouvrance »? existe t’il? arriverais-je trop tard?