Peurs d’enfants

Carnets de rêves Humeur du jour Leave a Comment

graywolfQuand nous prenons le temps d’écouter nos enfants, nous (re)découvrons un monde oublié, un monde où les choses ont une âme, un monde vivant — un monde où l’amour est présent.

Le loup
M. va depuis peu à la maternelle et depuis quelques semaines, il a très peur… toujours au moment du coucher. Au tout début, cela prenait la forme du : « Je ne veux pas aller au lit » ; puis des : « Tu me racontes une autre histoire ? », jusqu’au soir où, finalement, il se confie.
Et il a peur… car il y a un loup.
Et ce loup est là presque tous les soirs !
— Hmmm. Tu veux bien me parler de ce loup ? Comment est-il ?
— Il est gris et NOIR !
— Oh ! Veut-il quelque chose ? Pourquoi est-il dans la chambre ?
— C’est parce qu’il a toujours faim !
— Ah ! Et, est-ce que tu sais ce que mange ce loup ? Crois-tu qu’on pourrait lui donner quelque chose ?
— (sourire) Oh oui ! on pourrait mettre un morceau de pain là sur la table, comme ça, s’il a trop faim, il pourra manger.
— C’est une bonne idée ! Faisons ça.
(le loup n’est jamais revenu)


Le crocodile

Ce soir-là, F. a très peur d’aller se coucher. Après bien des hésitations, elle finit par accepter, mais sitôt que la porte se referme, elle appelle sa mère qui revient sur ses pas et découvre sa fille assise dans le lit, visiblement apeurée.
— Moi j’ai peur, Maman.
— De quoi ma chérie ?
— Y’a un crocodile…
Naturellement, la première chose qui vient à l’esprit, c’est que ce sont des bêtises, il n’y a pas de crocodile chez nous.
Mais, si devant l’émotion particulière de l’enfant, on veut bien lui accorder un peu de temps, se mettre à sa place — et je veux dire très concrètement, en s’allongeant par exemple près de lui — alors on se rend compte qu’il y a vraiment un crocodile dans la chambre : il est vraiment là !
A la lumière de la petite veilleuse, on le devine, tapi dans l’ombre au-dessus de l’armoire, prêt à Dieu sait quoi. Et l’on comprend la peur d’être seul, ou pire, de s’endormir !
— Alors on sert l’enfant dans ses bras, tendrement, en le chérissant de tout son cœur, et on se lève, bien décidée à en finir avec le monstre, tout en s’en voulant un peu de n’avoir pas pensé que le dessus d’une armoire n’est décidément pas une place pour un polochon et une boîte de puzzle.


Pipi au lit — ou une bien belle histoire d’amour
G. a neuf ans. Depuis quelques mois, elle fait pipi au lit et subit toutes sortes d’examens qui ne donnent rien. On finit par lui prescrire un médicament (un traitement antidiurétique) ; sa maman est bouleversée.
— Bonjour G. Comment vas-tu ?
— Je suis un peu triste… Je peux pas aller dormir chez ma nouvelle amie. Maman est pas d’accord.
— Pourquoi donc ?
— Parce qu’elle a peur que je fasse pipi au lit.
— Je comprends que tu sois déçue…
(silence)
— Ma petite sœur, elle y arrive presque !
— A quoi donc ?
— A ne plus faire pipi au lit la nuit.
— C’est formidable ça !
— Oui… J’ai hâte…
— Tu as hâte qu’elle ne fasse plus pipi au lit la nuit ?
— Oui. Il lui fait peur. « Il » crie, « il » tape… « Il » est méchant…
— Hmmm
— Mais moi, je suis grande. J’ai pas peur. Comme ça, il est en colère après moi.